Des ronds dans l’eau autour de Bréhat

Pour une fois j’ai animé deux stages de suite sur la même base. Vendredi 4 avril je suis donc resté à Paimpol pour accueillir le lendemain un nouvel équipage d’apprentis Chef de Bord.

Cette fois le coursier est un Dehler 32, il y aura quatre stagiaires, Arnaud, Goeffroy, Charles et la délicieuse Claire. Enfin une représentante de la gente féminine.

Samedi le nouvel équipage s’acquitte avec entrain aux fastidieuses mais indispensables tâches de l’inventaire du bord. Le bateau est opérationnel, nous sommes prêts pour le départ.

La météo n’est pas très clémente, un peu de vent, de la pluie prévue pour la nuit, nous prendrons la première écluse dimanche matin, plutôt que d’aller risquer de se faire secouer au mouillage de la Jument la première nuit. Une fois n’est pas coutume, nous nous invitons au restaurant dès le premier soir.

Dimanche à 9 heures tout le monde est opérationnel sur le pont. Je souhaitais promouvoir un des stagiaires au poste de Chef de Bord pour la première journée, mais l’équipage a préféré que ce soit moi qui tienne les rennes le premier jour. Il y a pas mal de vent de sud, la mer reste plate mais pour les premiers HLM je préfère chercher un endroit un peu abrité. La baie de Saint Brieux est certainement trop exposée, le Trieu me semble plus adapté pour ce genre d’exercice. Nous partons vers le nord en nous laissant glisser dans le chenal de la Trinité puis le Ferlat. Arrivé au Trieu, il y a deux options, soit on prend un coffre tranquillement à Loguivy pour déjeuner, soit on continue et on déjeune d’une salade de pâtes sur le pouce entre les cailloux de l’embouchure avec un gros risque, de fortes rafales et de mer qui se lève. Je pose la question à l’équipage et vue leurs attentes, je pensais bien qu’ils choisiraient l’option la plus cool. Nous tentons le coffre à la voile, mais il faudra travailler cette manœuvre.

Deux heures plus tard et un topo sur le Quick Stop, nous repartons à la voile ce coup ci et nous tournons à gauche direction Lézardrieu pour la nuit. L’option Saint Quay avait été évoquée mais c’est plus loin et je voudrais faire des manœuvres d’HLM. Nous serons contre le courant pour remonter le Trieu mais le faible coefficient devrait faciliter les choses. Si nous arrivons tôt, une petite séance de manœuvres de port sur le ponton central remplira la fin de journée.

Nous voilà parti à tirer des bords dans le Trieu contre le vent et le courant, plus loin devant nous il y a un des Dufour 325 de la base, ce point de mire stimule l’équipage. Nous affinons les alignements de sécurité pour optimiser la longueur des bord. Goeffroy – le régatier du bord – peaufine les réglages. Le Dehler 32 est un bon marcheur, nos voiles sont neuves contrairement au Dufour qui est plutôt pépère. Nous chambrons un peu l’autre équipage au passage, mais il faut bien admettre que nous n’avons aucun mérite, c’est un peu comme d’utiliser un marteau pilon pour écraser une mouche. Cette émulation fera cependant plaisir à tout le monde.

Devant Coz Castel le maladroit pare-battage tombera à l’eau accroché à son frère de sang, le seau. Une fois, deux fois, chacun passe aux commandes en tant que barreur – chef de manœuvre. Il faudra répéter, mais chez certains c’est déjà quasiment acquit. Bon après on a pas deux mètres de creux. Disons que si je tombe à l’eau, j’ai une petite chance d’être récupéré.

Le Dufour pendant ce temps travaille les prises de coffre.

Nous reprenons notre petite régate pour gagner l’amarrage au ponton. Il est déjà 19 heures passées lorsque nous arrivons. Le temps de préparer le repas, de manger, etc… nous ne serons pas couchés avant 11 heures ou minuit. Les manœuvres de port attendront demain matin. Nous sommes en bout de ponton et pouvons donc partir quand on veux même si le courant est fort.

Nuit au calme de ce petit port enclavé, petit déjeuner, douche, nous commençons par une petite séance d’accostage au ponton.

Lézardrieu

Lézardrieu

Ensuite c’est Arnaud qui prend le bord pour la journée. L’objectif est d’aller à Saint Quay. Arnaud est un jeune officier de la marine marchande et sera un jour commandant de bord sur de gros pétroliers. Cela m’impressionne et je me demande ce que je vais bien pouvoir lui apprendre. Vent dans le dos et avec le courant, nous envoyons le spi car c’est tout droit jusqu’à Loguivy. Ce bord sera vite avalé, nous voilà au travers dans le Ferlat contre le courant. Arnaud se débrouille bien, mais se laisse surprendre par la rapidité de défilement du paysage. Cela me rassure, j’aurais des choses à lui montrer.

Le vent est établi au Sud-Ouest en sortant du Ferlat nous serrons le vent et filons quasiment droit sur Saint Quay. Nous laissons les Charpentiers et L’Ost Pic largement sur tribord ; les roches de Saint Quay sont à quelques miles juste devant, le temps est grisouillant mais il ne pleut pas, c’est sans compter ce front bien noir vers lequel nous naviguons tranquillement. Le pare battage tombe discrètement à l’eau. Nous le récupérons puis nous virons de bord car nous sommes trop à l’est et devons revenir à la côte pour prendre le chenal. C’est à ce moment là que les cieux décident de nous vider tout ce qu’ils ont en magasin sur la tête. En sortie de virement nous reprenons le près serré. J’avais trouvé la manœuvre assez mal fagotée, la visibilité est tout à coup tombée à moins d’un demi mile, en regardant le compas je constate que notre cap a changé de 180 degré d’un bord à l’autre : nous repartons vers Lézardrieu. Nous revirons de bord et allons cette fois vers la côte. Le topo de ce soir est tout trouvé : « Le passage d’un front froid ».

Nous sommes trempés de la tête aux pieds, l’eau ruisselle partout, malgré les précautions il y a pas mal de choses humides dans le carré. C’est sans discussion que les stagiaires s’engagent dans l’entrée du port de Saint Quay, c’est toujours aussi moche mais cette fois l’accueil est très sympa, on nous place, lorsque je veux régler, on me répond avec un sourire : « Non, prenez votre temps, vous réglerez demain matin. ». D’autres temps, d’autres mœurs, tant mieux. Le lendemain, j’aurais même le sourire de la crémière à la capitainerie. Je reviendrais ici avec moins de réticences qu’avant.

Le chauffage soufflant est installé dès que le câble électrique est branché. Tout va tranquillement sécher pendant la nuit. Il fait chaud, un thé, un debreefing et un topo sur le passage d’une dépression atlantique nous amène à l’heure du repas. Une belle journée.

Mardi c’est Goeffroy qui nous est notre guide pour la journée. La météo vire au risque de pétole, nous avions envisagé traverser la baie vers Saint Malo mais à part l’arrivée il n’y a quasiment que de la route à faire. Goeffroy préfère le rase cailloux autour de Bréhat. Nous repartons donc dans l’autre sens et nous verrons en cours de journée ce que nous ferons pour la nuit. Sans grosse difficultés jusqu’à l’entrée de la baie de Paimpol, la navigation ne pose pas de problèmes à Goeffroy. Ensuite nous empruntons le chenal du Denou, puis le Ferlat. J’étais un peu inquiet au départ car c’est son deuxième stage aux Glénans, mais tout va bien et Goeffroy est bien au niveau du stage. Nous devons tirer des bords dans le Ferlat, je suis assez présent à la table à carte pour contrôler mais je n’ai pas eu besoin d’intervenir. Il est encore tôt lorsque nous arrivons dans le Trieu. Nous avons décidé d’aller faire le tour de Bréhat par le nord et de revenir au mouillage de La Chambre pour la nuit. Le vent doit tomber, avec un gros risque de pétole totale demain matin. En sortant du Trieu devant le sémaphore nous envoyons le spi dans du cinq Beaufort bien établi. Enfin, nous envoyons… Ils ont bien dû rigoler dans le sémaphore : « Regarde les Glénans font une figure ». Sitôt envoyé, le tangon se déclôche du mât. Le numéro 1 pas trop aguerri ne sais trop quoi faire, je fonce à l’avant, à ce moment le bateau part au lof. Me voilà sur le dos sur la plage avant. L’équipier à l’écoute a choqué en grand, le spi part en drapeau retenu en haut par la drisse et en bas par le bras. Puis le bras est choqué en grand, le spi est maintenant à l’horizontal accroché uniquement pas le point de drisse. Je saute à la barre, met le voilier vent arrière pour faire tomber le spi derrière la grand voile. Un équipier réussi à attraper le bras qui tombe sur la plage avant, nous pouvons enfin choquer la drisse et affaler le spi. Dans la manœuvre le mousqueton de l’écoute s’est décroché et celle ci est partie à l’eau (86 euros pour la caisse de bord). La suite de la navigation se passera sans problème et sans spi. Nous prenons un coffre dans la Chambre vers 19 heures. Le débreefing sur les manœuvres de spi fut long et détaillé. J’ai encore appris des trucs.

La chambre

La chambre

Mercredi : pétole totale en nous levant. Nous décidons de gonfler l’annexe et de visiter l’île. Nous ferons un petit topo relation paysage carte sur le coté de la chapelle Saint Michel. Les stagiaires n’en n’ont pas vraiment besoin mais j’avais une fois précédente regretté de ne pas avoir une carte marine avec moi pour observer le paysage depuis ce point. Le vent se faisant toujours attendre nous dégustons une galette en plein soleil. Le temps de rentrer au bateau la brise s’est levée aussi nous levons l’ancre pour un petit tour sur l’eau. Claire prend les commandes de l’équipage. Elle nous emmène pour un tour dans les cailloux au sud de Bréhat, chenal de la Trinité, chenal de Saint Rion. Ferlat, c’est encore un peu hésitant mais c’est pas mal. Claire nous emmène jusqu’à Lézardrieux. Encore un pare-battage qui tombe dans le Trieu. Nous faisons quelques tours devant Coz Castel pour prendre des coffres à la voile. Puis c’est l’entrée à Lézardrieu. Une courte navigation mais intéressante, on a encore rasé les cailloux de près et affiné notre navigation à cet endroit.

Bréhat

Bréhat

Jeudi Charles à la charge de nous ramener au mouillage devant Paimpol pour une retour au port dans la nuit à cinq heures du matin. Nous commençons la matinée par une série d’accostage et de départ en solo. Les autres stagiaires devant se tourner copieusement les pousses pendant que l’un d’eux transpire. Puis c’est le retour vers Paimpol par petit temps. Trieu, Ferlat, chenal de Saint Rion et prise de coffre devant la pointe de la Trinité. Nous mangeons assez tôt et demain réveil à 3h45 pour un départ à 4 heures.

5h00 nous sommes dans l’écluse, 5h30 nous sommes amarrés au ponton des Glénans.

Une semaine bien remplie se termine. Petit déjeuner, petite sieste courte nous décidons de nous remonter les manches pour terminer le nettoyage et autres tâches de fin de stage avant le repas de midi.

Encore une galette et nous nous quittons pour d’autres horizons.

 

Merci encore à cet équipage et aux souvenirs ensoleillés.

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