Un petit aller retour Paimpol – Iles Scyllies

Vendredi 14 juin j’ai mis le cap sur Paimpol pour aller y animer un stage « Déferlante ». Cette fois ci je ne suis pas seul dans la voiture, mon ami Karl m’accompagne pour découvrir l’école des Glénans et participer à mon stage. Nous avons beaucoup navigué ensemble et je sais qu’il a le niveau pour commencer par un « 4 voiles ».

Arrivé à Paimpol j’ai eu la joie de rencontrer Jean-Pierre, grand animateur du forum Tribu Glénans, nous irons dîner tous les trois dans un petit restaurant Paimpolais.

Le port de Paimpol était bien vide et bien triste sans les bateaux des Glénans, les écluses étant en travaux ne permettaient plus l’accès au bassin à flot depuis deux semaines. C’est donc à Lézardrieux que nous découvrirons Shamrock, notre coursier pour la semaine. Shamrock est un Salona 37, c’est un bateau de course croisière ayant une très bonne réputation.

Les bateaux de l’école étant de l’autre côté du Trieux nous y serons d’abord transférés avec la grosse barge de Coz Castel, puis nous ramènerons Shamrock avec Karl sur un ponton accessible depuis la terre. Première impression ce Salona manœuvre très bien au moteur, c’est un gros avantage au port.

La vérification technique est rapide mais déjà il nous faut rentrer à Paimpol pour le repas de midi.

14 heures les stagiaires arrivent et j’accueille Pierre-Marie, André, Charles et Stéphane, avec Karl et moi nous serons six à bord.

Deux psy, un cadre chez France Télécom, un interprète à Bruxelles plus une marmotte. On pouvait se foutre sur la gueule, les deux psy arrangeraient les choses pendant que l’employé des télécom alerterait les secours et l’interprète ferait la couverture internationale des événements. Nous raconterions l’histoire à la marmotte à son réveil.

Nous profitons du service de livraison de l’avitaillement à bord mis en place par la base, j’avais été déçu l’an dernier mais cette fois avec les bateaux à Lézardrieux cela m’a semblé plus pratique. J’ai bien fait car le service a été impeccable. En plus cela fait plus de monde pour l’inventaire et la vérification du bateau, donc cela va plus vite et c’est mieux fait.

Un bon repas et c’est déjà minuit : au lit ! Dimanche il faut partir tôt avant que le courant de la marée montante soit trop fort.

Dimanche matin le vent et le courant étant pile dans le pif nous ne hisserons les voiles qu’arrivés au Ferlat. Nous embouquons le Ferlat sous voiles, enfin nous voilà partis. L’objectif premier est d’aller prendre le bateau en main dans la baie de Saint Brieux. Sur babord l’Ile de Bréhat est toujours aussi magnifique. Quelques virements, quelques empannages et prises de ris, il est temps de faire tremper le seau et le pare battage. C’est l’occasion de remettre en place le Quick Stop, le Salona a aussi ses spécificités pour cette manœuvre.

L’équipage tiens la route et cela permet d’envisager la suite de la semaine avec sérénité. Les prévisions sont Nord Est à Est en début de semaine et Ouest à Nord Ouest en fin de semaine. J’ai très envie de traverser la Manche mais encore faut il avoir le vent dans le bon sens et l’équipage qui va bien.

Pour l’instant on part vers l’ouest et on verra bien jusqu’où on arrive dimanche soir. On peu atteindre le nouveau port de Roscoff si le vent se maintient.

Le Salona est une vraie fusée, il réagit à la moindre risée, il faut réduire la toile assez vite mais reste toujours au dessus de sept nœuds, la barre à roue assez directe (un seul tour de butée en butée) est très souple et on sent bien les réactions du bateau. Tout l’équipage a adoré ce bateau, pour la pêche du maquereau à la traîne c’est un peu la cata, mais pour le reste quelle merveille. Il va falloir que je passe à la traîne rapide avec une canne à thon, mais on attrape quoi en Manche avec ça ? En fait avec le Salona on a l’impression d’être sur un gros dériveur malgré ses 37 pieds.

Le vent passé à 17-18 nœuds nous avait obligé à réduite la toile mais il tombe lentement, les autres bateaux des Glénans rentrent à Port Blanc avec la pétole, mais nous décidons d’insister et d’aller frôler l’île Rouzic pour admirer la plus grande colonie de Fous de Bassan en europe. Le plan B est de revenir vers Port Blanc avec le montant si la pétole s’installe vraiment. Comme par miracle notre insistance est récompensée par le retour de quelques souffles, le Salona s’extirpe de là facilement malgré le courant contraire qui s’installe. Karl nous posera au catway de Roscoff vers 21 heures au milieu des bateaux de la course du Figaro. Ce port est vraiment à conseiller, en arrivant, une charmante jeune fille nous accueille en souriant et nous prend les aussières, je n’ai jamais vu cela qu’ici, on se sent bien tout de suite, c’est un peu béton chantier tout autour, mais lorsque ce sera fini ce sera parfait.

Lundi matin le vent est assez faible de Nord Est, nous sortons vers 10 heures, et mettons le cap au nord ouest, nous longeons l’île de Batz en la laissant au sud. Direction Falmouth !! On est vraiment très prêt du vent, il suffit que le vent tourne un peu et il va falloir tirer des bords. J’avais parlé avec Antoine (le responsable croisière de Paimpol) des différentes options possibles et il m’avait dit, non non en une semaine celle là n’est pas possible. Pourtant une fois en mer calé sur le cap il était devenu évident qu’en abattant un peu, la navigation serait plus agréable et le bateau irait plus vite, après concertation avec l’équipage ce sera l’option impossible que sera prise : direction les Iles Scyllies. Le vent monte, un ris, deux ris, les quarts commencent à midi et le rythme s’installe tranquillement. Le bateau file, à cette vitesse là on va arriver en pleine nuit. Dans la soirée le vent monte encore la mer s’agite, l’option est prise d’affaler carrément la voile d’avant et de rester sous grand voile à deux ris seule pour la nuit. Sous cette configuration on avance tout de même à plus de six nœuds. Pendant mon deuxième quart entre 21 heures et minuit il pleut, je regrette de ne pas avoir amené mes bottes, mes chaussettes baignent dans mes chaussures de voiles, c’est moyen. On y voit rien, c’est avec bonheur que je donne la barre lorsque Charles prend son quart. Qu’est ce que je fous là, hier il faisait 34 degrés à Bordeaux, en Bretagne nord à peine 18 degrés, maintenant il pleut, je suis vraiment maso !!!

Mon duvet est bien chaud, mes chaussettes vont y sécher parfaitement. A six heures je remonte sur le pont le vent est tombé on renvoi toute la toile, la terre promise commence à se dessiner à l’horizon, au début c’est une simple trace grise que l’on peut aisément confondre avec des nuages bas mais ils ne bougent pas ni ne se déforment. Terre !!! On est à un peu plus de 10 miles.

Un peu avant huit heures nous longeons l’île principale St Mary’s par le sud, on n’avance à cinq nœuds. Cinq nœuds ! Traîne ! Charles : tu ne vas pas pêcher ici ! Moi : si si ! Je file la ligne, trois minutes la planchette est retournée, je remonte un joli lieu jaune, il nous fera un bel amuse bouche pour le repas de ce soir. Un virement de bord et nous pointons l’étrave vers les coffres du port, nous affalons à l’entrée de la baie. Nous voilà au coffre, le soleil des Scyllies nous accueille : petit déjeuner en terrasse.

C’est la deuxième fois que je viens ici c’est toujours aussi beau. Quel pied, tout le monde est content, la navigation s’est bien passée, l’équipage a bien tenu ses quarts, seul un équipier a vraiment souffert du mal de mer.

On gonfle l’annexe et nous ramons jusqu’au ponton des annexes le long de la digue. Les formalités administratives remplies nous partons pour une balade à pied dans la ville, une petite récolte de monnaie locale nous portons notre dévolu sur l’Atlantic Inn pour déguster un fish and chips. Mais il est encore trop tôt pour se mettre à table, décalage horaire oblige, il n’est encore que onze heures locales. Nous découvrons un petit bus de 1948 qui propose le tour l’île commenté pour huit ponds, tout le monde est d’accord pour ça. Il est encore un peu tôt pour le fish & chips mais pas pour une bonne pinte. Ce pub est vraiment sympa, la moquette doit faire cinq centimètres d’épaisseur, c’est plein de recoins, un billard, une terrasse avec vue sur notre bateau, le plafond est tellement bas que l’on baisse la tête tout le temps de peur de s’y cogner. La bière est excellente et le fish & chips est énorme : à recommander.

13 heures 30 pétantes nous sommes dans le bus qui se remplit petit à petit. Le chauffeur se lève et commence son discours, je ne comprend pas tout, mon anglais étant trop faible mais rien que les mimiques tout le monde est mort de rire. Tout y passe, l’histoire pléthorique des naufrages sur l’archipel, le système éducatif le plus cher du monde, la police pléthorique pour une criminalité inexistante etc… etc… Jusqu’au phare de Bishop rock qu’il nous dit de bien observer loin devant le bus, il sort alors du bus passe devant et tend à bout de bras un carte postale du phare, là tout le monde est carrément plié en quatre. La carriole de 1948 fait de pointes hallucinantes à 25 miles par heure, on entend bien aussi les engrenages de la boîte de vitesse mais qu’importe, je suis sûr que s’il en casse un il n’a qu’à aller chez le forgeron du coin pour s’en faire refaire un neuf. C’est un gros avantage par rapport aux voitures actuelles. La balade est vraiment sympa, on découvre la baie par des points de vue surélevés, des jardins botaniques, la nature est superbe, la côte déchiquetée montre la violence des éléments ce qui est difficilement imaginable tellement la température est douce. La balade en bus est à recommander et à refaire.

Nous voilà de retour à St Mary’s, Andre veux visiter le musée recommandé par le chauffeur, allez zou, nous voilà dedans. C’est un peu un capharnaüm de bouts de naufrages entre le 17ème et le 20ème siècle, il y a de tout, des bouts de safrans de galion en bois à des vielles souris d’ordinateur trouvées dans un container échoué sur la plage.

Un petit tour à la capitainerie pour prendre la météo. Demain 18 nœuds de secteur nord mollissant régulièrement jusqu’à 13 le surlendemain, houle d’ouest.

On repart sur le bateau, petite sieste, Karl, Andre et moi avons envie d’une dernière pinte avant le repas de ce soir, nous ramons à nouveau vers le bord tandis que les trois autres restent se reposer sur le bateau.

20 heures 30 nous sommes de retour à bord. Karl prépare le repas, André et moi rangeons l’annexe, le reste de l’équipage met le couvert. Demain mercredi, il nous faudra pointer l’étrave vers Paimpol. Nous avons un impératif l’écluse de 5 heures 30 vendredi matin à Paimpol.

Vu notre vitesse à l’aller ce n’est pas la peine de se lever aux aurores, je préfère arriver près des côtes dans la matinée plutôt qu’en pleine nuit. Tout le monde a la consigne de bien se reposer.

Mercredi nous larguons le coffre à 10 heures 45. Le vent est monté tout d’un coup et l’anémomètre affiche 18 nœuds dans la baie abritée. C’est sans doute un effet venturi car dès la sortie le vent se calme. Nous partons tout de même avec deux ris et le génois.

Cap au 115, direction Bréhat. J’éteins le GPS et nous partons à l’estime. Le compas, le lock, le sondeur et la montre. Toutes les heures la position estimée est portée sur la carte. J’ai demandé l’équipage de jouer le jeu et de ne pas rallumer l’instrument pendant que je dors. Et ils ont joué le jeu. J’ai simplement dit que je regarderais seul la position GPS au bout de douze heures et que prendrais la décision de continuer ou d’arrêter à ce moment là. A onze heures du soir pendant mon quart nous n’étions qu’à neufs petits miles au sud de la position estimée, un écart de cinq petits degrés, grand largue avec une mer formée de trois quart arrière et le bateau qui partait régulièrement au lof dans des surfs à plus de huit nœuds, je n’aurais pas mis un euro dessus si on me l’avait demandé. Chapeau donc à l’équipage, on continue !! J’éteins le GPS à nouveau et sans donner notre position réelle j’annonce ma décision.

Dans la soirée au soleil couchant nous avons croisé les rails montant et descendant avec leur cortèges de cargos, seule une fois nous nous sommes détournés.

Vers trois heures Karl me réveille et m’annonce la pétole absolue depuis un moment. On ne va pas rester là à bouchonner en pleine nuit en plein milieu de la Manche à attendre un hypothétique réveil de zéfir. Nous faisons appel à la risée Volvo, c’est tout de suite moins calme pour dormir, mais cela n’empêche pas de fermer les yeux et de se reposer quand même, vitesse cinq nœuds. Vers cinq heures je suis totalement réveillé et excité de savoir où nous ont mené ces dernières heures d’estime, on ne doit plus être très loin des côtes, d’ailleurs le sondeur s’est remis à fonctionner signe que les fonds remontent. Deux feux clignotants apparaissent à l’avant et à tribord, on compte respectivement deux flash en cinq six secondes et trois flash en une quinzaine de secondes. Rien ne correspond avec le livre des feux de l’Aber Vrack aux Roches Douvres, je commence à me gratter la tête, sur la carte routière non plus. C’est en prenant les cartes de détail plus récentes que je m’aperçois que les phares des Triagoz et de l’île aux Moines ont vu leur rythme évoluer, sans doute suite à la mise en place du nouveau port de Roscoff tout proche. Consciencieusement j’ai pris ma plus belle plume et j’ai mis à jour le livre des feux. Nous étions rendus ! Un petit relèvement compas sur ces deux amers nous a permis de corriger notre position estimée et d’arrêter l’exercice avec les félicitations du jury.

Le jour était déjà bien clair lorsque j’ai filé la ligne de traîne, le premier maquereau n’a pas tardé à nous rendre une visite finale. C’est l’occasion pour notre marmotte enfin réveillée de s’initier à la pêche et surtout à la préhension hésitante et au décrochage de la pauvre bestiole agonisante qui voyait nettement son sort approcher en la personne du chef de bord muni d’un couteau sanguinolent prêt à trancher à nouveau. Ah ces parisiens !!! Par contre une fois cuit dans l’assiette, la fourchette n’hésite plus.

On arrête de pêcher à deux maquereaux chacun.

C’est marée basse, le passage de la gaine me semble trop risqué. Nous passerons les Héaux de Bréhat par le nord puis descendrons par le chenal de la Moisie vers le Trieux, le Ferlat à nouveau et enfin prendre un coffre dans l’anse de la Chambre au sud de Bréhat. Il est 13 heures. Nous avons fait les 145 miles en 25 heures, ça aurait été bien moins si nous avions eu du vent jusqu’au bout. L’équipage est fatigué mais pas suffisamment pour refuser le fastidieux gonflage de l’annexe et une balade à terre. Je reste cependant à bord, car nous sommes sur un coffre privé, on ne sait jamais, et puis il y a deux mois j’ai encore visité l’île avec mon équipage.

19 heures 30 les promeneurs sont de retour à bord. Nous déplaçons le bateau vers l’anse de Paimpol avant de dîner et ainsi de n’avoir qu’un court chemin à faire vendredi matin. Le vent est revenu et nous allons sous voile jusqu’à un coffre dans le chenal de la Trinité. Le jifoutou du jeudi soir est copieux.

Vendredi matin, lever à 4 heures 30, départ un quart d’heures plus tard à la recherche de l’alignement d’entrée. 5 heures 15, Charles accoste tranquillement en bout de ponton, Shamrock a retrouvé son port d’attache.

On s’assoie pour un petit déjeuner, les autres bateaux de la base rentrent derrière nous, on se regarde, c’est déjà fini. On en revient pas trop, on se pince, on a fait l’aller retour des Scyllies dans la semaine, Yes !!! Quel chance on a eu avec la météo.

On se remonte les manches, c’est pas tout ça, il faut rendre un bateau impeccable. Les gars sont sérieux et Shamrock brillait sous le ciel gris de ce vendredi matin.

Arrivés à cinq heures du matin le bateau est prêt, les pleins sont faits, tout le monde est douché, tous les bilans sont faits, à treize heures nous dégustons un bon sandwich avec les derniers restes du bord. La caisse de bord a aussi été particulièrement bien gérée, avitaillement, ports, gazoil et boissons (avec parcimonie), 80 euros. Comme quoi il vaut mieux passer ses nuits en mer.

Merci à tous pour cette merveilleuse balade. La prochaine fois Karl revient avec moi à Paimpol.

Vivement mon prochain stage.

Une réflexion au sujet de « Un petit aller retour Paimpol – Iles Scyllies »

  1. Bon, ROGER , Y en a marre chaque fois que tu découvres un nouvel équipage t’as envie d’embaucher.
    Karl était sûrement bien mais quand je pense à tous les efforts que j’ai fais en Avril pour te plaire et pour le peu de retombées médiatiques que j’ai eu, je suis déçu Roger , je suis déçu …je n’ose même pas aborder le fait que j’avais envie de découvrir les Scyllies avec toi, alors continues, continues avec tes psy puisque les médecins et informaticiens à bord en Avril ne te conviennent pas…et ne te suffisent plus.
    A part çà, j’ai redécouvert la joie de naviguer sans toi puisque la Rochelle s’est offerte à moi sur un Dufour 335 la première semaine de juin, au programme Ile de Ré ( oui MÔsieur ), Sable d’Olonne et Ile d’Yeu et pis super temps.

    Trève de connerie mon Rodgere, je t’adore et j’espère bien repartir avec toi l’année prochaine et promis tu m’emmènes aux Scillyes hein !!!!

    A+

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